Τετάρτη, 30 Απριλίου 2008

ΠΑΠΑΓΕΩΡΓΙΟΥ Μαρίνα: 'Από το πένθος του πατέρα, στη δομημένη μνήμη'

ΣΤΟ ΓΑΛΛΙΚΟ ΕΠΙΣΤΗΜΟΝΙΚΟ ΠΕΡΙΟΔΙΚΟ: Γαλλικό Περιοδικό ψυχανάλυσης, εκδ PUF, Kλινική Προοπτική, τόμος 65, 2001/3, I.S.B.N. 2130519059, σελ 825-843
288 σελίδες: Από το πένθος του πατέρα, στην δόμηση της μνήμης,
Μαρίνα Παπαγεωργίου, στα Γαλλικά.
Πρόκειται για μια πραγματεία των ομοσεξουαλικών τάσεων από παιδικά τραύματα και η παρουσία-απουσία των γονέων. Φρουδική και οιδιπόδεια ανάλυση με βάθος τον χωρισμό των γονέων.
Revue française de psychanalyse
P.U.F., I.S.B.N. 2130519059,288 pages, p. 825 à 843, doi: en cours,
Vous consultez, Perspectives cliniques, Volume 65 2001/3
2001 Revue française de psychanalyse Perspectives cliniques
Du deuil du père à la construction du souvenir
Marina Papageorgiou 7, avenue Watteau 94130 Nogent-sur-Marne
ΠΕΡΙΛΗΨΗ ΤΟΥ ΑΡΘΡΟΥ: Résumé de l'article:
À partir des mouvements d'une cure analytique, l'auteur interroge le souvenir d'un traumatisme infantile et son incidence dans le développement d'une homosexualité masculine en articulation avec les processus d'un travail de deuil lié au père survenu pendant l�analyse.Mots- clés : Transgénérationnel, Homosexualité , Traumatisme, Père mort, Deuil, Passé. With reference to the development of an analytical case, the author considers the memory of an infantile trauma and its incidence in the development of masculine homosexuality connected to the processes of the work of mourning linked to the father that arose in analysis.Keywords : Transgenerational, Homosexuality, Trauma, Dead father, Mourning, Past. Von den Bewegungen einer analytischen Kur ausgehend, befragt die Autorin die Erinnerung eines infantilen Traumas und seinen Einfluss auf die Entwicklung einer männlichen Homosexualitä t in der Artikulation mit den Prozessen einer in der Analyse aufgekommenen Trauerarbeit bezugs des Vaters.Schlagwö rter : Transgenerationell, Homosexualitä t, Trauma, Toter Vater, Trauer, Vergangenheit. A partir de los movimientos de una cura analítica, el autor interroga el recuerdo de un traumatismo infantil y la incidencia en el desarrollo de una homosexualidad masculina que se articula con los procesos de un trabajo de duelo vinculado al padre que surge durante el aná lisis.Palabras claves : Transgeneracional, Homosexualidad, Traumatismo, Padre muerto, Duelo, Pasado. Partendo dai movimenti di una cura analitica, l'autrice interroga il ricordo di un traoma infantile e l'incidenza nello sviluppo di unα omosessualità maschile articolandoli con i processi di un lavoro del lutto legato al padre durante l'analisi.Parole chiave : Transgenerazionale, Omosessualità , Traoma, Padre morto, Lutto, Passato.
Ils m'ont appelé l'Obscur et j'habitais l'éclat.
Saint-John Perse, Amers.
Les deux descriptions freudiennes de l'appareil psychique se réfèrent à deux paradigmes différents, celui du rêve pour la première topique et celui du deuil pour la seconde, impliquant tous les deux l'essence transformationnelle des processus psychiques et la discontinuité , aussi bien en termes d'antinomie que de complémentarité entre la perception de la réalité et la mémoire. Cette discontinuité est fondatrice de l'existence même de la réalité psychique.
L'élaboration du deuil de son père et le cheminement de son auto-analyse sur fond d'alliance homosexuelle transférentielle avec Fliess, a conduit Freud à abandonner sa Neurotica et à remanier la théorie du traumatisme ainsi que ses conceptions du souvenir. Dans « Remémoration, répétition et élaboration », il s'agit de se détacher de la vérité historique objective des images mémorielles au profit d'une autre qualité des souvenirs, y compris les souvenirs écrans, de moins en moins identifiables quoique identifiés, témoins véridiques de l'événement passé, mais de moins en moins réalistes et de plus en plus fantasmés. À côté de ces images très anciennes, une autre sorte de réminiscence, qualifiée de transfert, opère en acte et est vouée à la présentification du refoulé. Comme le rappelle J. Guillaumin [1] il s'opère pour la première fois au plan théorique dans une doctrine de la mémoire une convergence et articulation entre deux découvertes freudiennes, l�une concernant le rôle du rappel des images dans la cure, l'autre la structure de la relation analyste-analysé.
Dans « Constructions en analyse », Freud reviendra sur cette articulation entre l'objectivité historique liée à la réalité de la trace mnésique et la subjectivité du souvenir fantasmatique retrouvé pendant la cure. Le travail analytique se déroule sur deux scènes séparées et l'analyste, est sensé construire par l'activité interprétative ce qui a échappé à l'oubli, la conviction de vérité de cette construction dans la temporalité de la cure ayant la même valeur thérapeutique que la réalité d'un souvenir retrouvé. On devrait, je crois, rapprocher cette conviction de vérité avec l'affect, qui contrairement à la représentation, reste une formation consciente, comme le rappelle Freud dans l'article sur « L'inconscient » (1915), contrairement au fantasme qui retrouve sa plénitude une fois réassocié aux traces mnésiques inconscientes. « La souvenance consisterait alors à une opération de synthèse qui unit l'ensemble des traces figuratives à l'ensemble des traces émotionnelles, promues d'abord du niveau fantasmatique, au niveau affectif. » [2], écrit S. Guillaumin.
L'élaboration de la deuxième topique, outre l'introduction de la pulsion de mort, implique l'acceptation de la transmission psychique des traces mnésiques à travers des générations, en analogie avec l'hérédité des caractères acquis. Si le deuil de son père a conduit Freud à la découverte du complexe d'οedipe, à la fin de sa vie dans Mo ïse et le monothé ïsme, il revient aux liens avec le père mort et l�importance de l'identification primaire au père de la horde primitive de Totem et Tabou, transposé et réhabilité dans la personne du père de la religion monothéiste. La vérité historique mais non matérielle de la croyance en un grand dieu unique, confirme le caractère de construction subjective et déformée du souvenir qui pourrait être qualifié d'illusion, mais ré-instaure la réalité de l'événement originaire, dans la mesure où elle amène le retour de ce qui s'est passé. Dans Mo ïse, Freud s'identifiant aussi à l'identification primaire de son père Jacob qui a connu l'exil et l'exode affirme [3] « il y a toujours une identification au père, qui remonte à la première enfance. Celle-ci est ensuite écartée, même surcompensée, et enfin elle s'instaure à nouveau ».
On peut penser que la mère intervient en tant que médiatrice pour identifier fantasmatiquement l'enfant à l'ancêtre mythique et au surmoi paternel, projeté dans la personne du père. L'introjection de la fonction paternelle dépend donc de la dimension et la qualité de cette identification primaire dans l'inconscient biparental.
Le père mort comme fondement de l'accès au symbolique se situe au cour de louvre freudienne et aussi du travail de la culture qui comprend des processus de créativité et de pensée. La fonction paternelle est envisagée dans Mo ïse du point de vue de l�identification, le renoncement et la transmission de père en fils mais aussi de génération en génération. Dans l'Abrégé, Freud insiste sur l'introjection de l'intrication pulsionnelle et le rôle transformationnel et psychisant de l'objet.
À partir des fragments d'une cure analytique, je me propose de montrer l'évolution de la construction d'une vérité sur fond de passé traumatique en articulation avec les conditions particulières d'un travail de deuil du père.
Bruno est un jeune homme de 25 ans, d'origine italienne, qui a demandé une analyse à cause de sa difficulté à investir durablement une liaison amoureuse. Grand, mince, d'une belle allure brune et ascétique, il ne souffre pas de son homosexualité mais de ne pas connaître d'épanouissement et de stabilité affective. Il vit des moments de grande détresse à la suite de chaque rupture qu'il peut surmonter avec l�arrivée d�un nouvel amoureux « porteur d'espoir et de chaleur lumineuse », avant de s�avérer à son tour un traître infidèle et décevant. Bruno associe la menace de trahison et le risque d�effondrement à la séparation violente de ses parents lorsqu'il avait 3 ans. Il est l'unique enfant du couple, mais son père avait deux enfants d'un premier lit, une fille aînée Fulvia, alors âgée de 20 ans et un fils Pietro de 15 ans qui vivaient aussi au domicile du père, à Naples. Le père, navigateur passionné et homme d'affaires aussi doué que méfiant, s'absentait souvent. Lors d'un de ses voyages, sa seur lui a envoyé une lettre accusant la jeune épouse d'entretenir des relations incestueuses avec son beau-fils. Le père de Bruno a eu une réaction de folie furieuse. Sans douter une seconde de la véracité des dires de sa seur, il a regagné le pays incognito et il a fait effraction chez lui au milieu de la nuit pour surprendre les « amants ». Bien sûr il n�a trouvé que la famille endormie mais il les a réveillés brutalement dans une grosse colère et il a fini par répudier sa femme. À l'appui des faux témoignages il a fini par lui enlever ses droits maternels, ainsi Bruno est resté presque un an, de 3 à 4 ans sans voir sa mère. Par la suite il y a eu une révision du procès et son père a fléchi car il s'est avéré que sa seur avait des troubles psychiatriques. Bruno a vécu exclusivement avec sa mère de 4 à 6 ans et demi période pendant laquelle il ne voyait pas du tout son père. À six ans et demi, ce qui correspond à l'entrée à l'école primaire, ses parents qui n'avaient jamais divorcé officiellement se sont réconciliés. Ils ont repris la vie commune quand Bruno avait 10 ans. Il situe le début de sa souffrance psychique au début de sa puberté lorsqu'il a commencé à avoir des excès de boulimie et des problèmes d'obésité, ainsi que des moments de « mélancolie noire » avec des idées suicidaires et des pensées où il souhaitait ardemment la séparation de ses parents ou la mort violente de son père, en imaginant un accident de voiture ou une explosion de bateau. Son récit, lors de notre premier entretien, sera clôturé par la description saisissante de la maison familiale construite par le père après les retrouvailles, une sorte de forteresse sur le haut d'une colline déserte dominant la mer, mais très loin des lumières et des joies de la ville. Dans cet espace de « mausolée » de marbre blanc, comme il dit, orné de masques africains, souvenirs de voyage de son père, Bruno projette une adolescence tourmentée, emprisonnée dans une tour d'ivoire, avec une aura de mortification narcissique.
Dès la première rencontre, je suis frappée par le poids de la réalité, dans ce roman familial qui s'esquisse comme une tragédie grecque et qui suscite en moi un sentiment de pétrification et d'appréhension que la relation analytique ne se trouve engloutie dans ce mausolée. Je me le représente comme Xanadoo, le château de Citizen Kane, en m�identifiant au narrateur qui est appelé à témoigner du personnage extraordinaire de K. et surtout à ordonner et interpréter les traces de son existence pour reconstituer Rosebud, secret dont la trace réelle est réduite en cendres.
J'apprends que la démarche analytique est motivée par deux événements concomitants. Son père est atteint d�une leucémie grave, diagnostiquée peu avant l'installation de Bruno en France et il veut poursuivre des études doctorales en histoire médiévale. Après l'annonce de la maladie, un ami intime de son père a jugé opportun de lui révéler la vérité sur le « drame » de la séparation de ses parents, que Bruno ignorait et qu'il cherche à voir confirmée par sa mère mais n�ose pas aborder avec son père. « Il ne sait pas quoi répondre et se sent étouffé par tout ce passé dont il n'a aucun souvenir et qui surgit brusquement et se confond avec un avenir sombre. Il veut comprendre la différence entre ce qui est vrai en lui et ce qui appartient à ses parents, ce qui a existé vraiment et qu'il a pensé ou ressenti lui-même de ces événements.
Je me trouve contre-transfé rentiellement à mi-chemin entre le berger qui révèle à �dipe ses origines en même temps qu�a lieu le meurtre de son père et le Sphinx qui, énonçant au héros l�énigme des origines dans leur temporalité en articulant passé, présent et avenir, en appelle à sa propre mort et la modification de l�autre. Cette perception se confirme dans la mention d'un psycho-graphologue et hypnotiseur que Bruno a rencontré en accompagnant ses parents en Inde.
Le travail analytique sera vite marqué par les difficultés à respecter le cadre, malgré l'acceptation « intellectuel », « académique », comme il dit, des trois séances par semaine que je lui impose sans tenir compte de ses désirs. Pourtant, il ne manifeste jamais verbalement des motions agressives, et il affiche une attitude d�enfant sage et docile, qui me fait souvent penser à une petite fille modèle. Il arrive toujours en retard à ses séances mais tient à venir, même si parfois il ne reste que dix ou quinze minutes. Il ne s'absente jamais, hormis la période des vacances qu'il rallonge. Ainsi, il part toujours avant et rentre après moi et ne se confronte pas à mon absence, mais il me fait subir la sienne en me faisant attendre, en me mettant ainsi dans une position de passivité féminine.
Pendant la première année, Bruno parle beaucoup de ses partenaires sexuels et de ses déceptions. Ses relations semblent compulsives et répétitives, il se sent attiré par quelqu�un sans intérêt particulier, physique ou intellectuel, mais qui se présente comme un appel du destin, celui qui ne fera pas comme les autres. Il y a une certaine fixité au récit de la séparation des parents, comme s'il avait oublié qu'il le savait déjà, comme s�il le racontait pour la première fois. Mais, il le raconte comme un leitmotiv qui tend à établir une continuité temporelle en même temps qu�une permanence des imagos. Persiste une image de la mère idéalisée, épurée, sa finesse émanant de la noblesse de ses origines vénitiennes, sa blondeur pure évoquant la chaleur, la lumière et l'innocence à laquelle il s'identifie, dans une rêverie de devenir cantatrice, adorée par un public en transe. Cette image contraste avec les personnages féminins maléfiques ou des sorcières qui peuplent le discours de Bruno en me parlant de sa recherche doctorale, et qui lui évoquent la peur de sa tante folle qui s�occupait de lui, en alternance avec des gouvernantes quand il était confié à la garde de son père. La mère est décrite comme victime d'un père tyrannique et rude qui est fait de la même nature sauvage et vengeresse que la terre de Sicile, son pays natal, et qui profite de la dépendance financière de sa femme pour exercer son autorité. Émerge également le fantasme d�un père pulsionnel avide de plaisirs érotiques, sadiques oraux et d'un besoin de domination machiste que Bruno rapproche de toute évidence à ses relations homosexuelles où il ne peut avoir que des satisfactions masochistes en adoptant la position de femme soumise. Je remarque pourtant que, dans ses formulations, il insiste à souligner son identification féminine consciente, mais il ne fait jamais mention de la relation entre ses partenaires et son père en tant que mâles dominants. Ce qui me fait penser qu�au prix d'un extraordinaire clivage, il doit garder en dehors de son psychisme la reconnaissance du co ït parental perçu. Le recours au clivage s�opère ainsi dans son discours manifeste et dans l�utilisation du cadre analytique, mais aussi dans la perplexité que Bruno suscite en moi quant à la position transférentielle que j'occupe au sein de la projection de ses objets internes et qui me paraît difficilement interprétable. Il me semble que l�enjeu pour Bruno est à la fois d'éviter le contact physique avec moi en tant que père qui pourrait le pénétrer, mais aussi d'éviter de m'investir comme une mère érotique qui pourrait le mettre en danger d�attirer les foudres paternelles. Il choisit une identification à la mère idéalisée et idôlatrée, mais qui devrait rester inatteignable.
C'est au moment ou la fragilité narcissique de Bruno peut être figurée en rêve, que je choisis de me situer dans un transfert paternel. Il se voit arriver dans un immeuble où l�ascenseur ne peut s�arrêter qu�aux étages impairs, ce qui commence à l�angoisser parce que son analyste habite à un étage pair. En essayant de descendre à l�étage en dessous, il est menacé d�être aspiré par une tornade qui balaie furieusement un désert et fait apparaître des ossements humains éparpillés dans les sables. Il referme la porte in extremis et décide de monter à l�étage au-dessus du mien, avec la crainte de faire exploser le plafond. Finalement il y rencontre un ami bienveillant, plus âgé qu�il identifie comme fidèle, affectueux et non érotique, et qui lui remet une armure, un casque et des armes, épée, arc, javelot. Il insiste particulièrement sur le détail des follicules de cette armure, de couleur grise verte et luisante comme une peau de serpent. Il associe ces images aux combats de chevaliers qui lui sont familiers en tant qu�historien mais qui peuplent aussi l�univers de jeux des garçons. Enfant il se déguisait en indien ou en gladiateur, toujours accompagné par sa mère, mais la tonalité du rêve lui paraît moins ludique. Il s�agit plutôt d�un moment grave, d�une préparation initiatique ou d�une investiture où il devrait emporter la victoire ou mourir.
Je pense que c�est aussi une manière de se représenter l�espace analytique qui le confronte au danger d�exhumer les choses du passé, qui semblent à la fois transformées, décharnées, mais aussi gardées intactes, inaltérables, tels des ossements humains qui réapparaissent à ciel ouvert, donnant ainsi lieu à un champ de désordre, transgressif ou incestueux. Je préfère souligner la dimension protectrice du surmoi paternel qui fait aussi écho aux fonctions narcissiques du père de la première triade narcissique, plutôt que de reprendre les aspects maternels féminins dotés d�un pouvoir narcissique phallique ensorcelant et mortifère.
Je lui interprète alors son désir de trouver dans la personne de son analyste une attitude paternelle protectrice qui lui permet de s�approprier les attributs d�homme ainsi que sa crainte d�en être dépossédé et de se trouver démuni s�il se heurte à ma colère. Après réflexion, il se dit rassuré par mes propos car, comme il m�a déjà dit, il n�a aucun souvenir de son père avant l�âge de 7 ans. Mais il a le sentiment très profond d�avoir toujours eu peur des bruits inattendus, des éclats de voix ou des explosions, ce qu�il attribue au fait que son père était chasseur ; mais il a arrêté la chasse après les retrouvailles avec sa mère car elle a très peur des accidents. Il a le souvenir flou d�un grand fusil de chasse accroché près de la cheminée ainsi que de l�équipement de son père, sans être capable de le situer ni dans le temps ni dans l�espace. Cette image lui donne une impression de chaleur et de protection ainsi que de grandeur et de force, comme la fierté d�un garçon qui s�imagine chevalier. Il sait que son père dispose d�une arme à feu à la maison qui est très isolée, mais il ne s�agit pas de la même chose. Puis un autre souvenir survient, situé à l�âge de 4 ans. Bruno vit avec son père exclusivement mais il voit sa mère occasionnellement, ce qui contredit sa version initiale où sa mère était proscrite de la maison jusqu�à la révision du procès. Il se trouve sur le balcon de l�appartement de son père, dans une grande détresse et sanglotant car il voit sa mère en train de s�éloigner au coin de la rue. Tout est désert et personne n�est là pour s�occuper de lui. La maison est vide, ce qui n�est pas concevable pour un enfant de 4 ans, mais on dirait que le danger se trouve à l�intérieur de cette maison où vit son père avec sa fille aînée, après la séparation tumultueuse.
Pendant l�aggravation de la maladie de son père, sa mère lui demande de la rejoindre pour être moins seule ; une quatrième séance est alors instaurée à la demande de Bruno, afin de pouvoir « assumer l�épreuve », ou affronter le « monstre », lestée de mes paroles en guise d�armes. Le décès du père survient deux ans après le début de l�analyse dans un contexte dramatique et compliqué. La famille de ses demi-frères et s�urs demande une autopsie, malgré la gravité de sa maladie, et accusent la mère d�empoisonneuse. Bien entendu, ils ont l�intention d�attaquer le testament. L�annonce de ce second procès où Bruno est lui-même acteur du drame aux côtés de sa mère réactualise le traumatisme du premier où il se décrit passif et « innocent », sans mémoire, comme s�il s�agissait d�une vérité historique sans aucune prise fantasmatique. C�est à ce moment qu�il me raconte une version remaniée du récit de la séparation de ses parents : le père, faisant irruption dans la maisonnée endormie, a pris un couteau et a déchiré la chemise de nuit de sa femme et le slip de son fils aîné, alors adolescent, avant d�appeler la police et de répudier sa femme.
La version sexualisée et remaniée du passé présente une vérité pulsionnalisé e, chargée des effets traumatiques du roman familial.
C�est une période de grande souffrance et d�agitation pour Bruno. Les préoccupations hypocondriaques liées à la sphère anale et la crainte d�être contaminé par le sida alternent avec des rêves d�effraction de son appartement et de vol d�objets appartenant à la famille de son père. Il est obsédé par une éventuelle intrusion de son demi-frère au domicile parental et à la recherche des preuves pour casser le testament du père. Dans une série de rêves répétitifs et intenses, il est poursuivi par des vampires qui veulent le mordre et le transformer à son tour en vampire. Il associe alors ses craintes à sa culpabilité de devoir habiter avec sa mère et partager une complicité de mise à mort de son père qui pourrait se venger d�outre-tombe. Il reconnaît aussi qu�en le transformant en vampire, il réussit à annuler la réalité de sa disparition puisqu�il est suspendu dans un état où il n�est ni mort ni vivant. Pendant toute cette période qui durera environ deux ans, Bruno souffre d�insomnies qui l�obligent à veiller la nuit et dormir le jour, parvenant à s�endormir seulement à l�aube, ce qui s�était déjà produit au moment de la puberté, quelques années après les retrouvailles de ses parents et l�installation à la nouvelle résidence mausolée. Frappée par ce signifiant lié à la vanité d�un souverain tyrannique, je découvre les racines étymologiques du verbe grec mavlizw qui signifie séduire, détourner, du nom d�une déesse mère originaire de Lydie et protectrice des prostituées sacrées.
Nous comprenons que lors de ces veillées Bruno a recours à deux solutions pour lutter contre une grande détresse et le danger de perdre ses objets internes. Il se consacre à la lecture ou à sa thèse de doctorat qui a comme sujet « Le déclin de la souveraineté maritime et la guerre entre Venise et Gênes ». Il a toujours associé ses activités sublimatoires, le plaisir et l�apaisement qu�elles lui procurent, aux expériences affectives liées à sa mère. Elle lui avait appris à lire avant d�aller à l�école et lui avait donné le goût des livres, mais surtout elle avait enregistré elle-même des cassettes avec des contes de fées qu�il transportait avec lui quand il devait se séparer d�elle. De la même manière, il associe la dimension fascinante et régressive de la mer ainsi que le choix du sujet de sa thèse aux seules origines de sa mère dans une dimension de toute-puissance idéalisée Quand l�investissement des objets sublimés s�avère insuffisant, il se sent trop envahi par l�ambiance « ténébreuse », persécutoire et suicidaire qui remplit l�intérieur, et il éprouve une envie incoercible d�aller dans les bars fréquentés par des homosexuels, les « bas-fonds », et avoir des rapports plutôt dégradants. Le plaisir masochiste peut alors le ranimer tandis que ce qui provoque la rupture de l�investissement est l�émergence d�une imago maternelle mortifère que Bruno ne veut pas associer à sa mère et qui imprègne aussi les investissements paternels, puisqu�il s�agit du noyau féminin chez le père. De cette imago maternelle projetée chez les deux parents émane ce qu�il éprouve dans le contre-transfert, un sentiment permanent de précarité, un risque de rupture ou d�un passage à l�acte passionnel maniaque. Ce risque me paraît le plus souvent directement lié à la mère séductrice qui pourrait le contraindre d�aller la réjoindre au détriment de l�analyse, détourner en quelque sorte « notre fils ». Je prends ainsi conscience qu�il me fait vivre le risque d�un effondrement ou d�un péril imminent que lui-même a vécu au moment de la séparation violente et passionnelle de ses parents survenue en pleine mutation �dipienne et qui a gelé le destin des identifications sexuelles et narcissiques.
Un jour, il arrive haletant et très angoissé car ayant oublié le code d�accès à mon immeuble, il avait attendu l�opportunité de pouvoir y entrer « grâce à un de mes voisins ». Il était persuadé que s�il cherchait à me joindre, je ne répondrais pas au téléphone, qu�il était piégé et que j�étais capable de le laisser dehors dans le noir, de le chasser, lasse de ces extravagances, même s�il payait le prix. Dans cet état d�esprit il finit par essayer le digicode pour s�apercevoir que le code n�était pas branché. Il évoque « la misère et la tristesse de sa sexualité, où il peut jouir à condition d�avoir un rôle passif, se trouver dans une position douloureuse ou une situation d�humiliation sociale ou morale ».
Puis il évoque deux rêves : dans le premier, il monte une pente abrupte, celle qui mène à la maison parentale. Il se trouve dans une voiture avec son père mais c�est lui-même qui doit conduire sans permis. Autour il y a des échafaudages puisque c�est une région en plein développement urbain, mais il y a aussi des maisons à moitié effondrées. La route donne sur la mer, ce qui est contraire à la réalité et il sait que si la voiture dégringole, il risque de tomber à la mer ; mais finalement l�eau n�est pas très profonde. Il finit par renoncer à conduire cette voiture, trouve une bicyclette et se met à l�arrière. Il associe les images du rêve à la dangerosité et à l�inaccessibilité de cette maison, coupée du monde. « Ma mère n�utilisait pas cette voiture à cause de cette pente, mais mon père conduisait comme un fou. Un jour il s�est mis dans une grosse colère et il a roulé à toute allure pour m�attraper car j�étais parti me promener avec les chiens et le jardinier de la villa, sans le prévenir ; mais ma mère était au courant. Une fois attrapé, il m�a frappé avec une tige d�arbre, et par la suite a justifié son excès de colère en me disant que ma tante était folle et qu�elle pouvait essayer de m�enlever ou de me faire du mal. Cette maison n�a jamais été sécurisante, elle était comme un labyrinthe, construite sur plusieurs niveaux avec des facettes et une orientation aberrante. Ma chambre était située dans une passerelle et on la voyait de toutes les pièces attenantes, comme une cave sombre mais au milieu d�un espace ouvert. » Il passe en revue les maisons et appartements qu�il a habités, pendant des périodes successives, le plus sécurisant étant celui qu�il habitait avec sa mère entre 4 ans et 6 ans quand il ne voyait pas son père. Il se souvient, alors de l�effondrement d�un immeuble dû à un glissement de terrain, lors des vacances qu�il passait avec sa mère, près de Naples pendant cette même période. Les habitants ont pris peur, il y a eu des dégâts d�eau, et Bruno s�est réfugié avec sa mère dans le yacht de son père accompagné d�une petite fille « qui était elle aussi sans son papa » et sa propre mère. Cela paraissait une solution idéale. Par la suite ils ont appris qu�ils auraient pu périr noyés. Il est très étonné de découvrir un sentiment de danger en présence de sa mère qu�il décrit habituellement comme positive et protectrice. Mais il est encore plus étonné de se souvenir de la présence de son père à une époque où il était sensé être « sans papa », comme sa copine d�enfance dont le père était marin et revenait une ou deux fois par an. Il pense que c�est une confusion de sa part et il associe sur ses souvenirs d�adolescence sur le bateau de son père. Il avait très peur des eaux profondes, d�une couleur bleunoir dangereuse et détestait les corvées à bord imposées par son père et l�attente avant de pouvoir se baigner qui était le prix à payer pour prendre plaisir de la promenade en haute mer.
A : Mieux vaut mettre le prix que de rester sans papa entre femmes.
B : Mon père s�intéressait à mes résultats scolaires et admirait mes capacités intellectuelles et mes goûts. il avait des ambitions et il faisait beaucoup de rêves pour moi, mais je n�avais jamais droit à l�erreur, aux bêtises de mon âge, à la drôlerie. Cela me dégradait à ses yeux. Par contre, il était fou amoureux de ma mère, peut-être fou plutôt qu�amoureux, mais je pense qu�il n�avait pas d�estime pour elle. Il voulait me défendre d�elle, défendre son fils à lui, mais pas le fils de ma mère. Un jour il n�a pas hésité à tuer mon chien qui était fils de sa chienne, car il avait mordu une brebis. Il a pensé qu�il était devenu dangereux et incontrôlable. Il a toujours accepté de financer mes études à Paris, même mon analyse, mais si on n�était pas d�accord sur la nature de mes études ou sur mes choix professionnels, il menaçait de me couper les vivres.
L�excitation liée à la proximité physique avec le père et le risque d�un contact érotisé avec moi qui ne suis pas contre-investie par une image maternelle protectrice et apaisante induit une série d�interrogations et des rêves où il est question de succession de lieux et de disposition de maisons, de quartiers, d�îles, de rues, ou de places numérotées. Bruno se dit préoccupé par la remémoration des maisons qu�il a habitées pour identifier les proches qui s�occupaient de lui de manière permanente, et il bute sur des ruptures et des déménagements incessants, se traduisant par des absences ou des erreurs d�horaire ou de jour de séance.
Je pense à ce que F. Yates [4] rapporte à propos de la mémoire poétique et l�âme. Simonide de Céos, un poète lyrique grec du Ve s. av. J.-C. a été capable d�identifier les morts après un tremblement de terre, ayant mémorisé leurs places autour du banquet auquel ils se trouvaient auparavant. L�évocation des topoi (lieux) ramènerait immédiatement le souvenir du contenu.
La compréhension de la volonté de dissocier le lieu de l�analyse à un fantasme de prostitution clandestine, fait apparaître le rêve suivant que Bruno présente comme le deuxième rêve de la séance mentionnée précédemment, qu�il avait oublié et retrouvé au bout de trois semaines.
C�est la guerre. Il vient d�obtenir sa maîtrise d�histoire et retrouve deux vieux amis qui viennent de finir leur service militaire et fêter leur retour à la vie civil. Ils posent alors pour une photo avec un vieil appareil de grande valeur, un peu lourd à manier mais avec beaucoup de classe. Ils ont posé longtemps mais finalement ils n�ont pas pu faire la photo. Ça lui évoque un rêve répétitif du début de son séjour en France, où il était mobilisé et se faisait tuer en Bosnie. Cette fois-ci ça lui paraît comme un rêve pour éviter le danger. Il n�a jamais eu d�appareil photo ni de photos qui lui appartiennent, même enfant, c�était toujours ses amis qui lui donnaient des photos d�excursion ou d�école. Ses parents n�en avaient pas non plus, « on dirait qu�il n�y a pas de preuves du passé ». Il était très content d�avoir des photos, mais il trouvait très ennuyeux la préparation nécessaire, l�attente et le maniement. Il était toujours gêné et avait peur de l��il noir de l�appareil, qu�on appelle la chambre noire. Il rapproche cette peur au dégoût qu�il avait pour son propre corps d�adolescent, qui lui revient parfois malgré une image de corps actuelle plutôt esthétique et réconfortante. Après un long silence surgit un souvenir onirique confus où il se voit avec sa mère et une amie homosexuelle dans une chambre noire à l�intérieur d�un paysage ensoleillé. Il y voit une connotation de féminité menaçante ou maléfique qui lui rappelle une scène des Revenants d�Ibsen. Il raconte la scène : « Il y a Oswald, le fils, qui est de retour à la maison après plusieurs années passées à Paris, ville de la jouissance. Tant d�années d�études et d�insouciance liées au péché, aux yeux d�un pasteur. Oswald est très malade et il demande à sa mère de lui procurer du poison ; en fait c�est un remède pour les douleurs... il est en train de mourir sur fond noir en murmurant : Le soleil, le soleil ». Bruno raconte la pièce comme un récit de rêve et il associe immédiatement : « Je crois qu�en ce moment le soleil est un élément paternel, pour moi aussi, j�entends. C�est bizarre, quand j�ai vu la pièce il y a quelques années, je n�ai pas eu les mêmes associations d�idées. Là, ça me paraît évident que l�élément mortifère est lié à l�étreinte maternelle et qu�à la fin Oswald retrouve le soleil, une lumière de nature paternelle tandis que, habituellement, j�associe la lumière à une bonne fée blonde. » Puis il m�explique l�histoire des Revenants : Le père est mort depuis longtemps, mais il revient comme un vampire. Oswald s�est amouraché de la servante, mais on sait qu�elle est en réalité sa demi-s�ur, car son père avait engrossé la mère de cette fille, ancienne servante. Quand la mère d�Oswald voit le désir amoureux de son fils et son côté « coureur de jupons », elle pense que c�est son père qui revient pour « posséder son fils ». Puis, il associe la peur de la lumière à ses préoccupations narcissiques d�adolescent, liées à l�obésité et aux jambes poilues.
« J�avais horreur de montrer mon corps. Cela a commencé avec ce terrible voyage avec mes parents dans le Pacifique. Au retour j�ai détruit toutes les photos du voyage. C�était la période après leurs retrouvailles, ils sortaient beaucoup et me laissaient tout seul à la maison regarder la télé. Je m�ennuyais, je faisais des bêtises, un jour j�ai failli mettre le feu en jouant avec les allumettes.
Finalement j�ai résolu le problème de mes jambes en bronzant un peu... J�ai retrouvé une peau de petit enfant, tendre et innocent, tout redevenait comme avant... »
Je remarque que dans « sa version » des Revenants, il omet de mentionner ce qu�il relie du père au fils ; c�est-à-dire la sexualité transgressive et « sale » qui appelle la punition par la contraction de la syphilis. Dans les Revenants, c�est un père fortement sexualisé qui se dérobe à la fonction paternelle de deux manières : dans la non-reconnaissance de sa fille adultérine mais aussi parce qu�il n�a pas su forger pour son fils une fonction surmo ïque protectrice émanant du renoncement pulsionnel, le laissant ainsi prisonnier dans une constellation de séduction maternelle et féminine. La quête paternelle et la rencontre avec le père se fait alors dans la répétition du péché, identification mortifère, comme pour Bruno le deuil de son père le confronte au souvenir d�un père érotique, excitant qui disqualifie la fonction totémique et unificatrice du Père mort.
J�essaie de montrer à Bruno que la lumière aveuglante qu�il cherche aussi en analyse pour chasser les vampires peut aussi faire disparaître les traces de la sexualité parentale exhibée, ainsi que l�angoisse des transformations corporelles et le risque d�une contamination par les deux parents. Retrouver une peau d�enfant serait une solution pour échapper et aux identifications masculines et féminines et à l�horreur émanant des corps retrouvés des parents amants. L�innocence enfantine pensée comme asexuée serait aussi un moyen d�échapper à l�homosexualité féminine et à un noyau de dépression maternelle, contre laquelle l�alliance avec le père n�a pas constitué un rempart solide et fiable. Dans cette problématique narcissique, Bruno oscille entre la nostalgie des retrouvailles avec la mère idéalisée, dispensatrice de toutes les gratifications du narcissime primaire et la crainte et les dangers émanant de la fixation à l�imago de la mère phallique érotisée du narcissisme secondaire, selon la distinction de Bergeret [5]. Les fantasmes homosexuels de Bruno le conduisent à la recherche d�un double spéculaire, des garçons de son âge, ou à l�âge d�un grand frère, comme son demi-frère, et qui doivent être tendrement virils, mais dépourvus de tout trait féminin tel que bijoux, cheveux longs, ongles peints ou gestes sensuels et efféminés. Sa quête me paraît fortement imprégnée de la dimension homo-érotique au sens de Ferenczi, où le plaisir est recherché dans la contemplation en miroir d�un double identique idéalisé comme une réaction antidépressive et la représentation d�un objet véritablement sexuel et secondaire, ou n�est pas installée.
En me parlant de La Chartreuse de Parme, il s�identifie à Fabrice et met Clélia à la place de sa mère qui, déchue de ses droits, se cachait derrière la porte de l�école maternelle pour le voir. Mais il s�identifie à la douleur de sa mère de ne pas voir son enfant ainsi qu�à la douleur de Clélia de ne pas voir le visage de son amant pour sauvegarder son père, en évoquant sa propre douleur d�enfant de ne pas pouvoir trouver un visage du père de sa première enfance, avant 7 ans. « Le visage de ma mère est restée familier malgré les séparations. Mais j�étais avec mon père comme avec un étranger que je cherche à rencontrer, il est resté dans l�obscurité comme quelqu�un que je peux rencontrer la nuit. Comme si je risquais de tuer quelqu�un si je le rencontre le jour. Ma mère me paraît une bonne nourrice avec ses petits biscuits au lait mais sa nourriture devient nocive en présence de mon père. Je ne supportais pas sa présence à l�hôpital pendant qu�il était mourant et diminué, j�avais envie de sortir et de me refugier à la recherche de partenaires nocturnes et éphémères. Cela me fait penser que la nuit du drame j�étais petit et peut-être je dormais avec elle ou alors j�ai échappé... mais où était ma place ? »
La suite du travail analytique nous permet de comprendre la peur de Bruno de rencontrer chez son père une dimension d�érotisme séducteur qui fait écho à l�effort paternel d�immuniser son fils du diable avec un visage angélique féminin, mais aussi et de manière paradoxale de conjurer la peur de la séduction homosexuelle entre père et fils, liée à la peur du féminin.
Bruno apprend par sa mère au téléphone que les biens de son père sont gelés pendant longtemps à cause de toutes ses affaires judiciaires. Son testament est récusé à cause des dettes et emprunts importants qu�il a faits de son vivant. Ceci l�inquiète sur le plan matériel et implicitement sur l�avenir de la cure. Il est porteur d�une lourde charge et m�apprend ainsi le contenu du testament paternel en reprenant la formulation exacte et solennelle énoncée par le père : « Je désigne mon fils Bruno-Amadeo héritier de tous mes biens. » Puis il mentionne les précédentes donations en faveur de ses autres enfants faites de son vivant mais qui ne leur paraissent pas suffisantes. Il est très ému mais aussi gêné d�être l�élu de son père... puis il pleure silencieusement. .. Il va évoquer un rêve court mais agréable « Vous étiez en uniforme de militaire ou de capitaine de navire ou d�avion. J�étais passager mais la situation évoquait l�école, une période d�examen, il y avait un bulletin qui ressemblait à une carte géographique, peut-être une carte de navigation, ou ce qu�on voit dans les films de guerre, une carte d�opérations où les stratèges mettent des positions. J�étais très impressionné, je ne voulais pas approcher puis je me suis décidé et vous m�avez donné mes notes scolaires. Il y avait 4 notes, 19, 10, 13 et encore 19, comme un retour au commencement. J�étais très content malgré le 13 et le 10 qui se trouvaient au milieu, et me sentais fier de me faire remettre le bulletin tandis que traditionnellement on le remet aux parents. » Il désigne d�un geste comment on tient dans les mains un objet précieux, puis il associe sur les quatre séances d�analyse qui lui restituent un héritage du passé qui pèse et qui comporte aussi des dettes. Il a aussi envie de me rapporter des bonnes notes pour gagner mon amour. En réalité, c�est sa mère mondaine et raffinée qui s�occupait de l�école, mais elle était très interventionniste et « bonne femme », apportant des gâteaux en plein cours, et elle a toujours minimisé ou disqualifié l�impulsivité ou la sévérité de son père en empêchant Bruno de se mettre en conflit avec lui. Au contraire elle nourrissait une complaisance féminine avec son fils et l�aidait en cachette à se maquiller discrètement. Il avait honte des manières rudes et surtout de l�âge de son père qui aurait pu être son grand-père et qu�on prenait parfois pour le père de sa mère. Toujours très fier des résultats de son fils, il avait assisté trois fois à la remise des prix, sauf la quatrième et dernière fois qui avait été gâchée par un orage. C�était comme une mauvaise augure, quelques mois plus tard il tombait malade. D�ailleurs les notes du rêve rappellent ses notes au Baccalauréat, qui étaient 19 et 10/13, ce qui équivaut à 20, une note ronde et complète, pure, mais qui est composée. La sensibilité aux caprices du temps et à la luminosité mais aussi aux augures de la nature, signes du destin, conduit Bruno à une identification à son père marin et navigateur. Il avait ses propres théories et raisonnements, insupportables et dénigrés par la mère. Il voulait ainsi apprendre à Bruno à conduire son bateau très tôt, quand il avait 2 ans, par un temps de grande tempête. Il se souvient des cris de sa mère et des lames de fond. Sa mère lui a raconté d�ailleurs que son père a failli le noyer quand il avait 6 mois. En haute mer et il l�a plongé dans l�eau, elle s�était mise à hurler, puis elle a vu que son père le tenait bien et savait faire.
Je lui dis : « C�est comme un baptême. » (En associant le geste de son père au deuxième prénom mentionné pour la première fois dans le testament. Bruno utilise toujours un diminutif de son prénom.)
Il m�apprend alors que son prénom lui a été donné par son père qui, contrairement à la tradition, a tenu à être aussi le parrain de son fils. C�est le prénom d�un saint catholique, guerrier et ascète tutélaire du village natal du père. Ayant remporté une victoire contre un peuple sauvage qui avait assailli son village, fort des protections magiques fabriquées par des sorciers, il est devenu saint thaumaturge et vénéré et dont on conserve une partie des reliques, il punit sévèrement les impies, transgresseurs ou parjures en envoyant des maladies ou des infirmités. Quelque temps avant sa mort, son père a dicté à Bruno un petit livre qu�il voulait écrire, un recueil de témoignages et de croyances liés à ce culte. Il a fait éditer le livre en mettant leurs deux noms comme auteurs, pour accorder plus de crédit et de vérité historique à cette tradition. Par la même occasion, il apprend l�histoire de l�enfance de son père qui résonne comme une répétition du passé. La mère de son père a été répudiée par son mari car elle a eu une liaison avec un cousin paternel. Elle s�est remariée et a eu d�autres enfants, mais elle n�a jamais revu les siens. Par la même occasion, le grand-père enragé a chassé de la maison son fils unique, père de Bruno qui a été élevé par des tantes, ou ses s�urs aînées. Le grand-père est mort juste après la naissance de Bruno, grabataire et aveugles. La mère de Bruno a également été orpheline et été élevée par une nourrice, tandis que son propre père est parti avec une femme étrangère et n�est jamais revenu.
Bruno réalise que son demi-frère ainsi que son propre père portent des noms catholiques tandis que ses s�urs portent de vieux prénoms pa ïens, évoquant des sorcières ou des divinités archa ïques chtoniennes, ce qui occupera la scène analytique pendant plusieurs séances et aboutit à la compréhension d�un transfert négatif féminin maternel.
En s�interrogeant sur mon nom et mes origines qu�il a toujours situées dans un pays d�Europe de l�Est ou en Russie, il évoque l�ambivalence des représentations liées à la mer, élément de son père mais d�essence féminine contenant des dangers et des saletés, lui évoquant sa peur et surtout son dégoût du sexe féminin. Il m�identifie alors comme féminine ou ambiguë par mon prénom que je ne peux pas transmettre, tandis que mon nom de famille me rattache à une lignée masculine paternelle qui peut se transmettre de génération en génération par les fils. Je lui apparaîs en rêve comme un de ses professeurs à l�Université, également psychanalyste et qui lui a mis une mauvaise note, perçue comme incompétente, avec un savoir « copié-collé ». Ou encore comme une femme psychiatre en blouse blanche dans un hôpital psychiatrique qui peut l�interner avec des fous mais peut l�aider à sortir en révélant sa vraie identité de prêtre habillé en noir. Dans un autre rêve en deux parties, il voit sa mère en train de faire le ménage et d�éparpiller les livres anciens de la bibliothèque de son père et il essaie d�en sauver un seul, en allemand, Le Surhomme de Nietzsche. Puis un autre livre de Goethe se transforme en boîte de thon de la marque Marena. Une tante paternelle lui demande d�aller sauver des eaux boueuses et sales, ce qui est mi-thon, mi-livre, mais elle ne veut plus le manger car la boîte est déjà entamée. Les références allemandes évoquent les tentatives thérapeutiques de son père soigné en Allemagne, mais aussi un séjour de son père en Autriche quand il était adolescent pendant la guerre. Cette tante s�est occupée de lui quand il vivait avec son père et elle évoque des souvenirs liés à l�analité et à l�apprentissage de la propreté qui a toujours été angoissant pour Bruno. Il déteste son grand nez qui ressemble à celui de son père et qui fait d�elle une femme masculine et hideuse qui lui inspirait la peur qu�elle pouvait le transformer en petit monstre et lui enlever le joli nez hérité de sa mère. Ainsi, il ressemblerait à son propre fils qui est handicapé et un peu fou. Il s�agit d�un vrai défilé d�images féminines associées à la folie, à l�ensorcelement, à la pétrification ou à la castration. Bruno ne supporte pas l�idée que ces images puissent me concerner, même s�il lui arrive d�être méfiant ou d�avoir peur lorsque je reste longtemps silencieuse, tel le Sphinx qui attend un faux pas. Mais le plus frappant de cette période et qui co ïncide avec les préliminaires des divers procès est l�intensification de l�activité onirique. Bruno remplit ses séances de rêves qui se succèdent et qu�il commente abondamment en se référant à des rêves plus anciens et qui en engendrent d�autres. Je retiens que le chiffre 4 revient souvent, mais suis incapable d�associer librement dans une attention flottante. Néanmoins, je remarque que ce mouvement apparaît après la série de femmes maléfiques et surtout après le rêve mi-thon, mi-livre, qui pourrait évoquer un fantasme de la scène primitive composée et clivée. Dans ce mouvement condensé il y a des éléments d�un deuil maniaque où le surinvestissement des processus de pensée contre-investit le risque d�effondrement dépressif, mais il marque aussi une recherche dans l�élaboration du traumatisme infantile par une activation d�une surmémorisation à visée antitraumatique.
Je lui montre, à propos d�un de ses commentaires sur cette profusion de rêves qu�il relie à l�envie d�être le fils d�un chef d�État ou de devenir un inventeur ou un historien très célèbre, qu�en procédant ainsi avec ses rêves, en m�exluant et en empêchant ma pensée de fonctionner, il aurait envie d�être le fils direct de Freud, père de la psychanalyse, sans passer par mon intermédiaire. Ce qui reviendrait à établir une filiation directe avec le père sans passer par la femme.
Bruno : « Naître de mon père spirituellement, ou découvrir en analyse un savoir qui illumine mon fonctionnement me permettrait d�avoir une mère et un père en une seule personne, être leur bien le plus précieux et le partenaire exclusif sans courir le risque de les perdre tous les deux. » En réalité il a eu une proposition d�enseigner à l�Université de Palerme, ce qui l�embarrasse car cela signifierait l�arrêt de l�analyse. D�autre part, cette perspective correspond aux attentes de son père qui souhaitait le voir professeur à l�Université, mais le confronterait directement au passé paternel et à une partie honteuse, celle d�un homme d�affaires pas très honnête qui n�a pas su préserver ses enfants du déchirement. S�il devient quelqu�un de respectable, il peut réhabiliter la fierté de son père. Il avait honte de lui dans la chambre d�hôpital où il était mourant et diminué, dépendant des soins de sa mère et il préférait sortir et trouver la robustesse d�un corps masculin mais jeune comme lui-même, comme un double, pour se rassurer d�être vivant. La honte lui évoque un autre souvenir d�humiliation infligée par son père au début de la puberté. Il a montré à son père avec fierté un magazine pour jeunes garçons qui s�intitulait Super Garçon. Il y avait un sportif très célèbre torse nu et très athlétique, entouré de très jolies filles. Son père a explosé de colère, l�a traité de nul et a tout déchiré en lui interdisant de perdre son temps avec des bêtises de bonnes femmes. Il devait s�occuper de choses sérieuses qui ne détournent pas une tête d�homme. Bruno passait alors des heures entières aux toilettes à lire Mickey et à engouffrer des gâteaux.
La tentation d�interrompre l�analyse survient au bout de trois ans et quelques mois, ce qui correspond à l�âge de Bruno au moment de la séparation de ses parents. La suite fera apparaître des théories infantiles sexuelles qu�il attribue à sa mère. Les enfants naissent par l�anus des femmes et ils sont conçus par le contact de nez à nez qu�elle appelait le baiser des pingouins. Jusqu�à l�âge de 17 ans il croyait que les femmes urinent aussi par l�anus. Ces fantasmes qu�il met en scène avec ses partenaires sexuels évoqueront l�envie de Bruno de désunir ses parents et d�empêcher ou de détruire leur activité procréatrice après les retrouvailles, période plus violente que leur séparation. Avant, il ne supportait pas de dormir seul et il a toujours dormi avec chacun, séparément. L�angoisse et la rage d�être tous les trois dans le même lit et de chercher leurs corps ardemment n�a rien à voir avec la joie d�un enfant qui rejoint ses parents dans leur lit le dimanche pour faire des câlins. Son père l�appelait « la ligne de démarcation ». En exprimant son désarroi et sa solitude mélancolique, il se demande s�il n�a pas servi d�objet antidépressif à ses parents pendant leur séparation, tout en portant en lui leur histoire individuelle lourde en passion et en privations. À leurs retrouvailles il s�est senti disqualifié, inexistant.
Dans un souvenir il comprend l�origine de ses fantasmes homosexuels : peu de temps après les retrouvailles, alors qu�il avait 9 ans, ses parents ont fait un deuxième voyage de noces de deux mois. Ils l�ont confié à des voisins sans aucune information sur la date de leur retour et en lui laissant penser que c�était pour deux ou trois jours. Il descendait tous les jours contempler la mer ou la rue et il les pensait morts ou noyés. Il s�est senti très amoureux du fils de cette famille sans se souvenir d�une activité masturbatoire ou de jeux sexuels entre eux. Un jour ce garçon s�est brûlé en jouant avec la plaque chauffante et son père l�a sauvagement battu d�avoir bravé des interdits. Cela lui paraît monstrueux mais il s'est dit qu'il préfère un père violent que de se trouver sans père, ou sans père et mère, conséquence du désir sexuel de ses parents retrouvés qui se désintéressaient de lui. Il n�a survécu que grâce à ses fantasmes émanant du fantasme agi du désir d�un père pour son fils, tels que Freud le décrit dans « Un enfant est battu », qui seuls pouvaient le consoler de la conviction que ses parents avaient péri et qu�il était coupable de cette mise à mort.
L�évocation de la puberté qui re-sexualise les composantes prégénitales de l�homosexualité de Bruno fait apparaître des fantasmes érotiques à l�égard du demi-frère et indirectement au père et à la mère, et ébauche les identifications plus �dipiennes, ce qui peut être un après-coup élaboratif de l�événement traumatique qui a eu lieu en pleine mutation �dipienne inversée apparente. Bruno est investi comme un complément narcissique pour combler la privation maternelle mais il doit aussi rester innocent, dissocié de la pulsionnalité de son propre père et du mari disqualifié. La folie du père s�articule en écho avec sa propre construction de la scène primitive : en s�identifiant à son propre père trompé, il répudie sa propre mère et son amant, transposés sur les personnes de sa femme et son fils aîné. Débarrassé de cette manière de la rage que lui inspirent les excès de la sexualité féminine, il investit son cadet devenu ainsi fils unique comme un double narcissique, dans un rapport de filiation uniquement patrilinéaire et masculin, ignorant la féminité, aussi bien pour échapper à l�Éros qu�à la dépression. Le refus du féminin chez le père est constitué par la peur de la perte maternelle qu�il doit épargner de son agressivité, comme fait Bruno avec moi dans le transfert maternel, mais aussi par la peur de la passivité liée au grand-père cocufié qui n�a pas su non plus protéger son fils d�une sexualité agie, agressive. Désavoué et répudié par son propre père après l�adultère commis par sa mère, le père ne peut pas identifier Bruno comme petit-fils du grand-père dans une continuité et une succession des générations, dans une « relation médiatrice », selon Rosolato [6] et il l�affilie d�une certaine manière directement à Dieu par l�intermédiaire du Saint guerrier et ascète, pour conjurer la faute maternelle.
Il faut donc abolir non seulement la dimension matrilinéaire de la filiation, mais surtout la composante de la sexualité féminine et de la séduction maternelle, pour se protéger du risque incestueux.. . L�homosexualité du fils a une dimension de retour du refoulé et une réponse de l�échec de l�homosexualité psychique paternelle, ce qui pourrait expliquer pourquoi le père de Bruno, malgré son caractère autoritaire et despotique, semble dénier les signes de l�homosexualité de son fils et se contente de quelques remarques sans importance, laissant faire sa femme. D�après T. Bokanowski [7], ce type d�homosexualité psychique est présent dans des transferts archa ïques où il y a une dissociation entre un objet idéal, mythique, tel que le père de la horde primitive, et l�investissement d�un objet érotique aspirant à la mère érotique, mais étant à fois maternel et paternel, sexué et non génitalisé, porteur du même sexe universel, le phallus.
L�analyse de cette dimension de l�homosexualité psychique dans le transfert a permis à Bruno de retrouver des images où il a des échanges tendres et chaleureux avec son père, à l�intérieur d�une maison, près de la cheminée où ils jouent aux cartes ou avec des soldats de plomb, jouets qu�il chérissait avant l�âge de 5 ans. Il aurait envie de me parler « d�homme à homme », ou comme un enfant à ses parents, sans crainte. À cette occasion, et dans un contexte d�une relation affective qui dure depuis plus d�un an, il fait deux rêves : dans le premier, je suis identifiée comme Ariane qui lui a donné le fil mais qu�il abandonne à Naxos après avoir tué le monstre et il s�apprête à guider son bateau à la rencontre de son père qui l�attend au pays. Il associe avec une représentation de l�opéra de R. Strauss, très aimé par son père, puis à un souvenir où son père mène son bateau vers les îles Éoliennes à l�aube, très en colère car sa femme ne l�a pas réveillé à l�heure prévue pour profiter de l�accalmie nocturne. À l�arrivée au port elle s�est blessée au doigt en manipulant les cordages et a saigné, ce que Bruno interprète comme une castration déplacée sur sa mère châtiée... Dans le deuxième rêve, fait après une visite au cimetière marin où est enterré son père, il est avec lui à bord et ils doivent affronter un requin, qu�il associe à la peur de la femme marine mais aussi à la combinaison de son nom de famille et celui d�un assistant de son père. Son père l�avait averti des précautions des marins pour ne pas attirer les requins, notamment à éviter de jeter les détritus dans la mer, ce qui lui semble comme la mise en place d�un tabou de l�inceste. Il évoque alors des fantasmes érotiques très flous liés à une amie d�enfance présentée comme une s�ur « intime et inoffensive » et s�interroge sur son désir enfoui d�avoir un jour des enfants ou de fonder une famille, « enfin d�avoir des joies ordinaires et commencer à oublier ».
En envisageant le Père à l�origine de l�engendrement et de l�enfantement, on citerait volontiers G. Rosolato [8] pour qui toute invention s�appuie sur une mise en perspective et rencontre de la Mort, la Loi et la médiation du Père : « Elle éveille en tout homme un éclat identique, un frémissement, qui signale que l�on aborde enfin une autre région où la clarté livre l�Obscur, le Skoteinòs. »

NOTES
[1] J. Guillaumin, La genèse du souvenir, Paris, PUF, 1968, p. 131.
[2] Ibid., p. 149.
[3] S. Freud, L�homme Mo ïse et la religion monothéiste, Paris, Gallimard, p. 228.
[4] F. Yates, L�art de la mémoire, Paris, Gallimard, p. 38.
[5] J. Bergeret et coll., L�érotisme narcissique, Paris, Dunod, 1999.
[6] G. Rosolato, Trois générations, in Essais sur le symbolique, Paris, Gallimard, 1969.
[7] T. Bokanowski, De la pratique analytique, Paris, PUF.
[8] G. Rosolato, Fonction du père et créations culturelles, in Essais sur le symbolique, Paris, Gallimard, 1969, p. 183.

[1]
J. Guillaumin, La genèse du souvenir, Paris, PUF, 1968, p....
[suite] Suite de la note...
[2]
Ibid., p. 149. Suite de la note...
[3]
S. Freud, L�homme Mo ïse et la religion monothéiste, Paris...
[suite] Suite de la note...
[4]
F. Yates, L�art de la mémoire, Paris, Gallimard, p. 38. Suite de la note...
[5]
J. Bergeret et coll., L�érotisme narcissique, Paris, Dunod...
[suite] Suite de la note...
[6]
G. Rosolato, Trois générations, in Essais sur le symboliqu...
[suite] Suite de la note...
[7]
T. Bokanowski, De la pratique analytique, Paris, PUF. Suite de la note...
[8]
G. Rosolato, Fonction du père et créations culturelles, in...
[suite] Suite de la note...

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